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| Le Père Ubu, œuvre du sculpteur Del’aune, trône fièrement sous ses habits métalliques à quelques pas de la mairie de Laval, en vis à vis de l’enceinte fortifiée datant du moyen-âge. Acquise par la ville en 1998, cette statue rend hommage au héros burlesque né de l’imagination fertile d’un écrivain lavallois au parcours hors du commun : Alfred Jarry. Ce dernier, tout comme le Douanier Rousseau son illustre contemporain, n’a jamais véritablement connu la renommée de son vivant. Pire encore, il est mort en anonyme le 1er novembre 1907 à l’âge de 34 ans dans une chambre austère de l’hôpital de la Charité à Paris, vaincu par les affres de la maladie. Le décès de celui qui est considéré aujourd’hui comme l’un des maîtres à penser de la littérature surréaliste fait l’objet d’un modeste entrefilet de deux lignes en troisième page du quotidien local. Il est vrai qu’à l’époque bon nombre de ses concitoyens lavallois se considèrent lassés par les trop nombreuses élucubrations de l’écrivain dandy. Parisien jusqu’au bout des ongles, Alfred Jarry ne séjourne que par intermittence à Laval, notamment lorsque ses finances viennent à lui faire défaut. C’est le cas notamment en mai 1906 où ses amis parisiens lui offrent le billet de train pour regagner sa ville natale. Accueilli par sa sœur aînée Charlotte qui l’héberge gracieusement dans son appartement de la rue Charles Landelle en plein cœur du centre historique, Jarry partage son temps entre l’écriture et l’escrime qu’il pratique à un haut niveau à la salle d’armes de maître Blaviel, quai Sadi-Carnot. Sportif accompli, il fait également l’acquisition d’une superbe bicyclette chez le marchand de cycles Trochon. Mais, à court d’argent, il remet à plus tard le paiement de la facture. Il contracte également en parallèle de lourdes dettes chez la boulangère de la porte Beucheresse ainsi que chez le boucher Turpin. Harcelé par ses créanciers, il s’amuse à fuir ces derniers au guidon de son vélo tout en les menaçant de son revolver. En peu de temps, Jarry s’acquiert la réputation peu enviable de personnage perturbateur de l’ordre public, ce qui l’oblige à quitter définitivement Laval le 18 octobre 1907 pour ne plus jamais y revenir. Depuis les années ont passé. Aujourd’hui les Lavallois ne tarissent pas d’éloges à son égard. Une plaque commémorative vient même rappeler son séjour au pied de l’immeuble qu’il occupa un temps rue Charles Landelle, dans les circonstances que nous connaissons maintenant. Mais, avec du recul, ne faut-il pas voir derrière les élucubrations ubuesques de l’écrivain l’expression du mal-être d’un homme pleinement conscient des limites atteintes par un monde rongé par l’absence d’humanité ? Nul doute qu’Alfred Jarry était un visionnaire, ce que viendront malheureusement confirmer après coup les grands conflits qui émailleront le 20ème siècle…
Stéphane HILAND |
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On nous signale : Un nouveau site Internet : celui du musée archéologique départemental de Jublains.
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« Histoire de l’Anjou – L’Ancien Régime et la Révolution en Anjou », Jacques Maillard, Editions Picard, 360 pages, 34 €. « Sous l’Ancien Régime, la province d’Anjou a conservé une forte personnalité. Située loin des frontières du royaume, son histoire est certes moins agitée que celle de nombreuses provinces, elle n’en connaît pas moins des périodes de grand trouble, comme au temps des guerres de Religion, des guerres de la minorité de Louis XIV et des événements sanglants de la Révolution. La grande majorité de sa population vit à la campagne, du travail de la terre, dans de petites exploitations travaillées selon des méthodes de culture traditionnelles. La vie quotidienne de cette population est marquée par l’omniprésence de la mort, lors des grandes pestes, des épidémies de dysenterie, mais aussi par la forte mortalité des enfants liée aux difficultés de la naissance. Au XVIIe siècle, le diocèse d’Angers a été un des grands foyers de la réforme catholique qui a entrainé la création de nombreuses communautés religieuses et la multiplication des manifestations de piété (pèlerinages, missions, fondations pieuses). Ce livre, qui forme le tome III de l’Histoire de l’Anjou veut, pour un très large public, faire la synthèse de nombreux travaux dispersés et souvent inédits. Le recours systématique aux archives, en particulier notariales, a permis de préciser et de renouveler sur bien des points les travaux antérieurs. Ainsi peut-on présenter un tableau de l’Anjou des XVIe-XVIIIe siècles abordant la vie politique, économique, sociale, religieuse et culturelle. » |
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