Novembre

Actualités : ça s’est passé récemment en Mayenne ou ailleurs

Rubrique proposée par Stéphane Hiland, complétée par Bertrand Béranger.

Après quatre siècles d’existence, les fonderies de Port-Brillet ferment leurs portes.

Des générations et des générations d’ouvriers s’y sont succédé. Le site, près de Laval, ferme définitivement aujourd’hui. Retour sur quatre siècles d’existence industrieuse.

1622 : haut-fourneau et forêts. Port-Brillet n’existe pas encore, mais les forges sont déjà là. Ce sont les plus importantes de l’Ouest. Elles n’ont pas été implantées là par hasard. Il y a du minerai de fer et le secteur est très boisé. Le haut-fourneau, grand dévoreur de charbon, a besoin de cet indispensable combustible. On y façonne des canons, des boulets et du fer en barres vendu sur des marchés. Le métal finira en clous et en serrures.

1874 : une commune née de la forge. Port-Brillet voit le jour en tant que commune, grâce à l’insistance des forgerons. On prend des terrains à Olivet, d’autres à La Brûlatte. C’est bien l’usine qui crée son territoire et non l’inverse. Pendant des décennies, le dirigeant du site est aussi le premier magistrat de Port-Brillet.

1882 : essor de la fonderie. La concurrence est rude avec les Anglais. Ils ont inventé un nouveau combustible pour le haut-fourneau. Le coke est moins cher que le charbon de bois. Les forges ferment une à une. Deux survivent : celles d’Antoigné (Sarthe) et de Port-Brillet. « Pour 170 200 francs, Armand Chappée se rend propriétaire du site industriel de Port-Brilllet », lit-on dans Les fondeurs à Port-Brillet. Il possède déjà celle d’Antoigné. Quand il la rachète, la forge de Port-Brillet est exsangue.

1914 : chair et canons. La France est en guerre et manque de munitions. Le gouvernement de l’époque provoque une réunion au sommet avec les principaux industriels fondeurs de France. Armand Chappée est du voyage. Il revient avec un carnet de commandes qui déborde. Il faut produire obus et grenades, et vite ! Femmes, personnes âgées, soldats rappelés du front… L’usine tourne à plein régime. Pour les dirigeants, c’est la prospérité. La famille Chappée crée à Port-Brillet une salle de cinéma, des bains douches, une salle des fêtes…

1936 : le temps des syndicats. Le syndicat des ouvriers métallurgistes de Port-Brillet (affilié à la CGT) regroupe près de 700 personnes, soit la quasi-totalité du personnel. Cela ne fait pas les affaires de la direction qui voit d’un très mauvais œil cette « émancipation » ouvrière.

1942 : le temps des scissions. Port-Brillet fait partie des entreprises œuvrant pour la défense nationale. C’est le temps de la guerre, pas celui des syndicats. Ils en sortent affaiblis et divisés.

1966 : « une ruche ». « L’usine m’a toujours fait l’effet d’une ruche où tout le monde tourne dans un rayon très restreint, rapporte un témoin dans l’Oribus. […] Une autre réalité allait s’imposer : le village vivait et respirait autour de l’usine. »

1985 : le temps des dettes. La fonderie emploie 650 personnes mais les caisses de la Société générale de fonderie (SGF), propriétaire depuis les années trente, sont au plus bas. Elle vend ses usines. Port-Brillet fait partie du lot. Un dépôt de bilan plus tard, la fonderie de Port-Brillet bat pavillon Pebeco en 1989.

1997 : le temps des rachats. David Alleaume, cadre du groupe Valois (dont dépend désormais Pebeco) rachète l’usine, fait l’acquisition d’autres fonderies en France, fonde le groupe Focast. Il le revend en 2010 à une multinationale luxembourgeoise. Moins d’un an plus tard, Pebeco est placé en redressement judiciaire. C’est le début de la fin.

Source : Ouest-France, édition du 12 octobre 2011

Pour mémoire, rappelons l’excellente étude consacrée au site et aux ouvriers qui y sont intervenus, fruit du travail de notre adhérent Bernard Houel, paru en 2009 dans le n°31 de la revue « Mayenne, Archéologie, Histoire ».

On nous signale :

Une souscription pour la mise en valeur de vestiges gallo-romains à Craon

Des éléments de colonnes gallo-romaines ayant été redécouverts dans une maison de la place Saint-Clément à Craon, le syndicat d’initiative vous invite à le soutenir aux côtés de la commune dans son projet de présentation permanente au public. Ces vestiges sortis des mémoires depuis le 4ème siècle ap. JC ont été authentifiés en 2004 par les archéologues. En revenant à la surface, grâce à la bienveillance de la famille Giraud-Eraud qui a accepté de s’en séparer, ces éléments coiffés de leur chapiteau à feuilles d’acanthe, se dresseront à la vue du public sur une élévation de près de 3 mètres. Il vous est donc proposé d’offrir votre contribution à la mise en valeur de ce type de vestiges, assez rares dans notre région.

Tout don donnera lieu à un reçu fiscal qu’il conviendra de joindre à votre déclaration d’impôt 2012. Ces derniers sont à renvoyer au Syndicat d’Initiative du Craonnais avant le 31 décembre à l’adresse suivante : Mme Ernoul Evelyne, 3 rue Pierre de Coubertin, 53400 Craon.

L’association « Patrimoine du Pays de Mayenne » sort son 36 ème cahier consacré au patronage laïque; Les cahiers sont vendus dans les librairies de Mayenne, à l’office du tourisme et au local de l’association, à la Visitation.

A voir sur le site de l’association 200 photos réalisées au lendemain du bombardement de Mayenne, le 9 juin 1944.

A voir au musée Maillol, 59-61 rue de Grenelle à Paris jusquéau 12 février 2012, l’exposition « Pompéi, un art de vivre ».

A voir à la Cité des sciences et de l’industrie, 30 avenue Corentin-Cariou à Paris jusqu’au 2 septembre 2012, l’exposition « Gaulois, une expo renversante ». Tout ce que vous avez toujours voulu savoir…

Cliché musée Maillol – Pompéi Cliché Cité des sciences

Chroniques : La folle journée de Franz Liszt à Laval

Personne ne viendrait aujourd’hui contester le succès remporté chaque année par les folles journées. Amateurs de musique classique ou simples profanes, nombreux sont ceux qui bravent le froid hivernal pour obtenir le précieux sésame qui les conduira à passer un moment inoubliable en compagnie de Mozart, Beethoven, Wagner et autre Chopin. A Laval même, il n’est pas rare d’assister au spectacle original qui voit une longue file d’attente se développer devant la façade du théâtre où sont vendus les billets. Nos concitoyens sont devenus de nos jours de vrais mélomanes, mais, pour tout dire, cela n’a pas toujours été. Il fut un temps où le public mayennais, ou du moins les oreilles de ce dernier, ne se montrait pas aussi captivé par l’œuvre des grands musiciens. Le pianiste hongrois Franz Liszt a pu en faire la triste expérience lors de son passage à Laval le 3 janvier 1846.

A l’époque, ce compositeur de génie, remarqué dès l’âge de 12 ans lors d’un concert à Vienne par le grand Beethoven, fait un triomphe dans toutes les grandes capitales d’Europe. Les cours princières d’Autriche, de Prusse et de Russie réservent au musicien d’origine tzigane un accueil frôlant la folie. Chacune de ses apparitions donnent droit à de grandes festivités ponctuées par des canonnades et des feux d’artifice. Aussi, lorsque que l’on apprend l’arrivée prochaine de Liszt à Laval dans le cadre d’une tournée qu’il réalise dans l’ouest de la France, la presse locale se réjouit-elle de l’événement : « Liszt dont le nom seul fait palpiter du besoin de le voir et de l’écouter de nouveau ceux qui ont eu le bonheur de l’entendre honore l’humble cité de Laval autant que les capitales d’Europe » peut-on lire sous la plume enthousiaste d’un journaliste de « L’écho de la Mayenne » qui, à propos de la salle de concert, surenchérit par ailleurs en ces termes « Pourra t’elle contenir toutes les personnes de notre ville et communes voisines que rendrait bien malheureuses la privation des délicieuses émotions dont elles se promettent de jouir ce soir ? ».

Là, le rédacteur de ces mots devra déchanter. Le soir même, à l’hôtel de Ville de Laval, lorsque Liszt apparaît devant son public la salle n’est pas trop petite mais trop grande. A peine une quarantaine de personnes se sont déplacées pour assister au récital. On imagine sans peine la mine déconfite du célèbre pianiste qui, dignement, ravale l’offense et entreprend de jouer comme si de rien n’était. Le concert s’achève par des applaudissements timides, au grand dam de notre journaliste qui, quelques jours plus tard, s’en prendra vertement à ses concitoyens : « O peuple lavallois, jusqu’à quand seras tu le même ? Jusqu’à quand resteras tu plongé dans ton prosaïsme ? Jusqu’à quand seras tu insensible aux belles notes, aux gammes harmonieuses, à la musique et aux arts ? ». Sans nul doute qu’aujourd’hui notre homme se réjouirait du bon goût affiché par les Mayennais lors des folles journées.

Stéphane Hiland

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