Septembre

Actualités : ça s’est passé récemment en Mayenne

Rubrique proposée par Stéphane Hiland, complétée par Bertrand Béranger.

 

Une fouille en bordure des thermes de Jublains

Une vingtaine de jeunes travaille actuellement sur la domus (riche demeure romaine) pour la seconde saison de fouilles programmées à Jublains, sous la direction de Anne Bocquet, archéologue départementale, secondée par Elsa Paillot et Sophie Lhuillery.

Après avoir dégagé le plan de la domus, en terrasse sur trois niveaux, les archéologues explorent quelques salles de la maison. Presque chaque jour des découvertes permettent de nouvelles précisions : des objets récoltés du 1er au 3ème siècle après JC, un puits mis à jour avec une base de pilier tombée au fond, des traces d’enduit et de décorations, des empreintes de feuilles. Mais aussi des ossements d’animaux, une salle, dite hypocauste, d’habitation chauffée au sol ou thermes privés… Et des traces plus anciennes de la présence d’habitats gaulois. La trouvaille plus émouvante est une statuette de la déesse mère, très rare. Il n’en existe que deux autres en France.

Étant donné la richesse archéologique du site, plusieurs saisons de fouilles seront nécessaires : « L’autre site, tout proche, a demandé six saisons de fouilles pour pouvoir l’interpréter comme quartier artisanal gaulois, traces du travail du fer et autres. Les visiteurs sont aidés par l’audio-guide fourni au musée pour en comprendre l’ensemble » explique Elsa, archéologue spécialiste en archéozoologie. Surtout que la partie dégagée n’est pas la totalité de la domus qui, on le sait grâce aux radios de sol et aux sondages, se prolonge jusqu’à la voie romaine.

La domus présente non seulement trois niveaux mais elle a évolué pendant plusieurs siècles. Selon les couches dégagées, on découvre différents tracés de murs. Une analyse complexe qui demandera à chaque fin de saison un travail de post-fouilles assuré par Anne et Elsa.

Source : Ouest-France, édition du 17 juillet 2011

Pour en savoir plus sur les résultats des recherches récentes entreprises à Jublains :

Gérard Guillier, Richard Delage et Paul-André Besombes, «Une fouille en bordure des thermes de Jublains (Mayenne): enfin un dodécaèdre en contexte archéologique ! », Revue archéologique de l’Ouest n°25, 2008.

Article en ligne sur Internet : http://rao.revues.org/680

 

Cliché B. Béranger
Le sculpteur Louis Derbré s’en est allé…

Âgé de 85 ans, le Mayennais célèbre pour ses sculptures monumentales exposées dans le monde entier s’est éteint, mercredi 3 août. Il laissera le souvenir d’un grand artiste imprégné par son œuvre.

Louis Derbré est resté toute sa vie attaché à la Mayenne. Né le 16 novembre 1925 à La Gandonnière à Montenay, c’est à Ernée qu’il a grandi, et a passé son adolescence à cultiver la terre. « Avec le temps ses sculptures ont pris une dimension de plus en plus spirituelle », raconte Mireille Derbré, sa fille. Mais il est toujours resté attaché à la terre. Son œuvre en est imprégnée. » Adolescent, il quitte l’école pour travailler à la ferme familiale. Mais après son mariage, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il monte à Paris où il est engagé comme manœuvre dans une maison d’édition artistique. Et c’est là, presque par hasard, en côtoyant des élèves des Beaux-Arts qu’il s’initie au métier. « Indirectement j’ai profité de leurs dialogues et je me suis fait une nouvelle vie », avait-il déclaré.

Succès rapide

Contre la tendance d’alors, il s’exprime par le figuratif. Et ça plaît. « L’une de ses premières oeuvres, un buste en pierre de Werschürr, l’un de ses amis, a tout de suite été reconnue, explique Syckie Darbion, une de ses amies de plus de trente ans. Avec cette première sculpture, il obtient en 1951 le prix Fénéon, qui lui est remis des mains mêmes de Louis Aragon. » En 1953, il obtiendra le prix national de l’école des Beaux-Arts. Son succès ne se dément plus. Devenu l’assistant de Gilioli, l’un des chefs de file de l’abstraction lyrique dans les années 50, il affirme son style personnel, et se révèle au grand public par l’exposition « Rodin, Maillol, Derbré » en 1962. « C’est anecdotique, mais parmi ses premiers visiteurs se trouvaient Anthony Quinn, Yul Brynner, les frères Jacques… » se souvient sa fille. Il expose ensuite à Montréal en 1967, et un peu partout dans le monde : Brésil, États-Unis, Canada, Norvège, Côte d’Ivoire, Indonésie… Au Japon en 1972, il érige La Terre à Tokyo : la réplique s’élève au quartier de la Défense à Paris. En 1984, il réalise une statue en hommage à Georges Pompidou, ancien président de la République française. En bronze, elle est exposée dans les Jardins de l’avenue Gabriel, à Paris. Et en 1997, six immenses statues lui sont commandées pour composer le mémorial de la paix à Hiroshima.

Honneurs de la capitale

« Il a mis toute sa vie au service de son œuvre » raconte Mireille Derbré, elle-même sculptrice. Du plus loin qu’elle se souvienne, elle a toujours connu son père en train de travailler. « Il avait toujours les mains blanches de plâtre. » Et jusqu’à ses derniers jours, alors qu’il souffrait des poumons depuis déjà quelques années, il continuait de poursuivre des projets à 5 ans, 10 ans, 20 ans… L’une de ses dernières réalisations seront trois statues monumentales qui seront exposées à côté de San Francisco, aux États-Unis, en février 2012. Depuis 1991, Louis Derbré était revenu en Mayenne. Il vivait à Ernée, où il avait fait construire sa fonderie ainsi que son lieu de création et d’exposition. « Il a fait le choix de quitter son atelier d’Arcueil et les honneurs de la capitale, pour revenir sur ses terres » se souvient Syckie Darbion. Une terre mayennaise où il a eu plaisir a retrouvé ses racines. « Il était transformé et tellement heureux d’être revenu, se souvient sa fille. Il adorait se promener dans sa vieille Jeep américaine, à travers les sculptures du parc. » Il sera enterré là où il le souhaitait, au cimetière de Charné.

Source : Ouest-France, édition du 5 août 2011

 

Le Mans, édifice cultuel retrouvé sur la fouille des Jacobins

 

Le Mans, tablette de defixio retrouvée sur la fouille des Jacobins
Offrandes et malédictions dans un édifice cultuel découvert place des Jacobins au Mans

Une équipe de l’Inrap fouille actuellement, sur prescription de l’État (DRAC Pays-de-la-Loire), l’emplacement du futur espace culturel des Jacobins dont la ville du Mans est maître d’ouvrage. Ce programme de fouilles se déroule en plusieurs phases et en parallèle des travaux de construction. La fouille du comblement vaseux d’un bassin antique de plus de 2500 m² a livré aux archéologues un abondant mobilier. Celui-ci se compose d’objets de parures et de monnaies de bronze, d’argent et d’or jetés dans le bassin en offrande à quelque divinité, indiquant la vocation cultuelle du lieu. Plus de 150 monnaies ont été ainsi découvertes, toutes frappées entre le Ier siècle avant notre ère et le IIIe siècle de notre ère. S’y ajoutent quelques bijoux, dont une bague en or.

Magie et malédictions antiques

Six plaques de plomb soigneusement pliées y ont été exhumées. Actuellement en restauration, deux d’entre elles ont été déployées. La première est vierge, la seconde porte quelques inscriptions de lecture difficile. Une prochaine étude permettra, sans nul doute, d’y reconnaitre des lettres, des symboles ou des dessins. Ces objets sont des tablettes de «défixion», c’est-à-dire liées à des pratiques magiques antiques. Absent dans le monde celtique, ce type de magie est introduit en Gaule par la Grèce et Rome au cours du IVe siècle avant notre ère et perdure jusqu’au VIe siècle de notre ère, à l’époque mérovingienne. À l’aide de ces tablettes d’exécration, la defixio a pour objectif d’envoûter un individu, de soumettre à sa volonté un rival. Pour pratiquer ce rituel de contrainte, les magiciens antiques utilisent généralement des plaques de plomb, y portent parfois un texte ou des signes, mais peuvent aussi y insérer un élément ayant été en contact avec l’envouté (cheveu, tissu). Les tablettes sont alors jetées dans des lieux cultuels ou offertes aux profondeurs chtoniennes : une tombe, les eaux d’un puits ou celles de la mer. Près de 2000 tablettes de la sorte sont aujourd’hui identifiées, de l’Egypte à l’Angleterre. En France, celles de Chamalières, du Larzac et d’Amélie-les-Bains sont les plus célèbres. Souvent rédigées en latin, certaines sont parfois en langue celtique, d’autres dans des langues inconnues. Les fouilles de la cité judiciaire du Mans avaient déjà livré un document bilingue, latin-gaulois, daté du Ier siècle de notre ère. Les tablettes des Jacobins offrent un nouveau témoignage sur les passions dans l’Antiquité. Reste aujourd’hui à déplier les quatre autres tablettes et à traduire leurs éventuels textes.

Un édicule cultuel

Ces objets ne sont pas isolés, puisqu’une petite maçonnerie, très arasée mais de construction soignée, vient d’être mise au jour. Formant un carré de 3 mètres de côté, cet édicule, situé sur la bordure nord du bassin, renferme en son centre une concentration inattendue de monnaies du Haut-Empire romain : plus de 280 pièces de bronze des Ier et IIe siècles de notre ère. Il s’agit, là encore, d’offrandes qui ne laissent aucun doute quant à la fonction cultuelle de l’édifice, probablement dédié à une divinité des eaux. Il est cependant encore trop tôt pour se prononcer sur sa nature exacte (fontaine, petit temple, autel ?).

Sur le chantier des Jacobins au Mans, les archéologues n’en sont pas à leur première découverte, puisque les niveaux récents du site avaient révélé les fosses communes des victimes des combats des 12 et 13 décembre 1793, liés à la «virée de Galerne» pendant les guerres de Vendée. Outre le chantier des Jacobins, Le Mans et ses environs se sont récemment enrichis d’un vaste sanctuaire composé de plusieurs temples, mis au jour à Neuville-sur-Sarthe, qui constitue une découverte majeure sur la religion dans l’Antiquité.

Source : Site internet de l’INRAP, communiqué publié le 24 juin 2011

Portrait de JF de Hercé en tenue de maire de Laval
Chroniques : Père, Maire et évêque : le fabuleux destin de Jean-François de Hercé

Chaque dimanche, à la belle saison, il y a foule à venir prendre un bol d’air pur au jardin botanique de la Perrine à Laval. Les promeneurs ont, pour la plupart, pris soin de stationner leur véhicule à proximité sur la place de Hercé. Ce qu’ils ignorent sans doute, c’est que ce vaste espace était autrefois celui d’un couvent de bénédictines, dont les bâtiments abandonnés depuis la révolution furent rasés par un maire de Laval au destin hors du commun. Né à Mayenne le 18 février 1776, Jean-François de Hercé appartient à une puissante famille dont les éminents membres occupent des charges importantes : son père, ancien lieutenant de vaisseaux dans la marine de Louis XV, est chevalier de l’ordre de Saint-Louis ; quant à son oncle il est évêque de Dol depuis 1767. Ces positions sociales avantageuses sont mises à mal au moment où éclate la révolution. Le jeune Jean-François, tout juste âgé de 16 ans, prend le parti de l’exil et gagne l’Angleterre, où il devient précepteur. L’érudition et la bonne humeur du nouveau pédagogue font de lui un compagnon très apprécié par la famille Durell, à Bristol, où il a trouvé refuge. Néanmoins la nouvelle tragique de l’exécution de son oncle fusillé après l’échec du débarquement de Quiberon le 28 juillet 1795 achève de le convaincre à trouver secours dans la religion. Un temps, il songe même à devenir prêtre mais sa mère, mourante, demande à ce qu’il revienne en France. Ayant récupéré une partie des biens de sa famille et épousé un bon parti en la personne de Marie de La Haye de Bellegarde, il s’installe en 1804 à Saint Ouen des Vallons au château de la Roche Pichemer. Il y vit retiré de la vie politique, couvant de tendresse sa fille Lucie née en 1806, avant que les Lavallois ne l’élisent maire de la ville après l’abdication de Napoléon en 1814. Dès lors, Jean-François de Hercé se comporte comme un magistrat zélé et contribue à embellir la ville dont il a la charge.

C’est sous son mandat que débute notamment la construction de l’hôtel de ville et du théâtre. Un événement tragique va cependant mettre fin à sa brillante carrière publique : sa femme, à laquelle il était très attaché, meurt prématurément des suites d’une longue maladie en 1826. Fou de chagrin, il abandonne ses prérogatives et, gagné par son nouvel élan, mystique entre au séminaire de Malestroit. Âgé de 54 ans, il débute une nouvelle vie qui le voit, après avoir été ordonné prêtre, devenir évêque de Nantes en 1836. C’est sous les habits du prélat qu’il achève son existence douze ans plus tard. Si le fait est en partie aujourd’hui oublié, nous devons néanmoins une fière chandelle à son arrière petite fille qui eut l’heureuse initiative d’écrire la biographie de notre héros sous un titre évocateur : « Père, Maire, Évêque ».

Stéphane Hiland

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