Lassay 2010

Rando-patrimoine autour de Lassay : 8 septembre 2010

A l’invitation du groupe d’inventaire du petit patrimoine de la Société d’archéologie et d’histoire de la Mayenne, une cinquantaine de membres de la SAHM et de la Fédération de randonnée pédestre se sont retrouvés à Lassay-les-Châteaux devant l’ancienne chapelle castrale du Rocher.

La visite de la ville a commencé par une courte halte devant le château et l’ancien grenier à sel.

Le castrum initial du début du 12e s. était sur une motte. Il est modifié par la suite et l’abbé Angot mentionne un texte du 14e s. qui décrit « chastel, basse-cour, donjon, boële et fossés d’environ ». La chapelle castrale conserve les vestiges de décors peints du 13e s. Le château est détruit au début du 15e s. car trop faible pour résister aux troupes anglaises. L’édifice est reconstruit dans la seule année 1458-1459. Propriété de la maison de Vendôme jusqu’au 16e s. Il passe ensuite à la famille de Madaillan (voir château du Boisfroust). A la Révolution, il est acheté par Louis Pierlot, receveur général de l’Aube. Il est ensuite acquis successivement par le marquis de Beauchesne et les de Montalembert.

Le grenier à sel a été construit au 14e s. et agrandi au 17e afin de recevoir les ballots de tabac. Il était sous l’autorité de l’officier des gabelles.

Contournant l’étang du château en passant devant un très beau lavoir, le groupe est parvenu au jardin médiéval où il eu tout loisir de parcourir le jardin des simples, le verger, le bosquet et le tapis vert.

De retour dans le bourg en passant devant le « pub à Victor » et laissant derrière nous la plus grande partie de l’histoire et de l’architecture de Lassay, nous nous sommes dirigés à pied vers Bois-Thibault.

Bois-Thibault.

La visite improvisée de ce château reconstruit par Jean du Bellay en 1456 commence par la chaussée en terre qui franchit les douves et permet d’accéder au porche d’entrée ogival. A l’origine, un pont-levis en défendait l’accès ; il fut supprimé vers 1762 par François de Tournelis. La façade, refaite à la Renaissance, était autrefois couverte par une toiture rénovée au 18e s. par la famille de Tournelis qui avait fait supprimer les lucarnes en granit. Elle est encadrée par une tour ronde sur la gauche et une tour carrée sur la droite. La tour ronde présente encore les ouvertures du 15e s. qui ont été murées ainsi qu’une embrasure de tir qui bat le fossé.

Franchissons le porche ! Sur la droite, une construction du 16e s. avec tour d’escalier à vis et balcon. Au-dessus, un escalier sur encorbellement du 15e s. a été conservé. Le bâtiment construit au 15e s. a été lui aussi remanié à la Renaissance. Les grandes baies donnant sur l’extérieur présentent des marques évidentes de ces modifications au niveau des ébrasements. La pièce du rez-de-chaussée était la cuisine avec sa cheminée monumentale (une des 29 cheminées du château), son four à pain et l’emplacement de l’évier.

En avançant dans la cour, on remarque l’emplacement du puits, aujourd’hui comblé puis les vestiges au sol de fours à pain ; ils ont pu être édifiés à l’époque où le château hébergeait une compagnie de gardes. La tour qui marque l’angle de l’enceinte primitive a été transformée en pigeonnier dès la Renaissance.

Revenons vers l’entrée du site. L’ensemble des bâtiments situés au N.-E. date du 16e s. La tour octogonale abritait un escalier en spirale conçu pour être accessible aux chevaux. Le linteau de la porte d’entrée était orné des armoiries des du Bellay : un des lions encadrant l’écu a été retrouvé.

Nous entrons maintenant dans ce qui fut une salle de réception. La dalle de béton, peu esthétique, est destinée à protéger les caves voûtées. Parmi les modifications réalisées au 18e s., on peut retenir le déplacement sous les combles des deux cheminées monumentales.

La pièce suivante permettait d’accéder à la tour dite « des latrines » et aux caves. Ces dernières, probablement réalisées au 14e s. sont dans un remarquable état de conservation. C’est même la seule partie du château qui n’ait pas été vandalisée par les récupérateurs de matériaux malgré un classement en 1925.

La pause casse-croûte a dispersé notre groupe entre les caves et la cour avant de retrouver M. Floch, qui du balcon de l’entrée, nous a régalés d’une évocation historique improvisée sur les trois châteaux de Lassay, de Bois-Thibault et du Bois-Frou.

Le plus ancien seigneur de Bois-Thibault, Herbert de Logé, est attesté dans des actes de 1190. C’est à cette époque qu’il fonda la chapelle dédiée à Ste Catherine et qui devait se trouver à proximité du château (RHA du Maine, 1932, p. 213) avant d’être reconstruite au début du 16e s. pour disparaitre définitivement au 19e s..

Le dernier des de Logé, Jean IV, mourut vers 1419 en laissant deux filles dont la tutelle fut donnée à leur grand-oncle, Jean de Logé, seigneur de Chasseguerre en Hardanges. Réfugiée à Angers pendant l’occupation de Lassay par les Anglais, l’ainée épousa Jean du Bellay, grand seigneur angevin. De cette union et des 11 enfants qu’eu Jehanne de Logé, descend toute une lignée de personnages de cour, d’ecclésiastiques et le poète Joachim (1522-1560). En 1455, visitant ses terres du Maine, Jehan du Belley trouva Bois-Thibault en ruine et décida sa reconstruction. A partir de 1510, son petit-fils, Louis fit élever les bâtiments du N.-O. et modifier les tours.

Le château et la chapelle furent saccagés par les huguenots de Lassay-les-Châteaux.

Malgré des héritiers mineurs et des procès de succession, Bois-Thibault resta dans la famille du Bellay jusqu’en 1693. Mis aux enchères sous l’effet d’une saisie, il ne fut vendu qu’en 1762 à Léonor-François de Tournely, seigneur des Aulnais. De cette période datent les travaux sur les toitures et l’entrée.

Après la révolution de 1789, le château resta dans la famille de Tournely puis aux Saint-Paul Lingeard, aux de Broglie avant d’être vendu à un monsieur Soubrier.

Il a été acheté en 1988 par la commune de Lassay-les-Châteaux.

Nos remerciements à l’association des amis de Bois-Thibault et à son vice-président M. Foulon. Nous espérons qu’ils pourront progresser dans l’étude et la conservation d’un site remarquable par son histoire et la complexité de son bâti.

Sous la houlette de M. Lelièvre, président de l’office du tourisme de Lassay, l’après-midi a été consacrée à une promenade passant par Bois-Frou et la chapelle St Mathieu.

Le château de Bois-Frou n’est plus qu’une ruine. Le grand portail d’accès avec sa porte cavalière et sa porte piétonne a été édifié au 17e s. selon la technique de taille vermiculaire dans laquelle des creux contournés imitent le travail des vers dans le bois. De l’enceinte, il reste une ébauche de douve et des vestiges de tours. Celle de droite a encore ses embrasures de tir et à l’intérieur on distingue les restes d’une grande cheminée. Le château par lui-même s’appuie contre les bâtiments d’une exploitation agricole dont les vaches semblent garder les pans de mur encore debouts.

En route vers la dernière visite, nous empruntons le sentier botanique des Trois Châteaux.

La chapelle de la Croix-au-Bal.

Dédiée à St Mathieu, cette chapelle édifiée au 19e s. a probablement succédé à une plus ancienne qui est mentionnée sur le cadastre de 1811.

A l’abandon, elle a été prise en charge par l’association « Chapelles, oratoires et calvaires du canton de Lassay ». Cette association créée en 1999 a déjà réalisé un travail considérable. Lorsque la COC s’est lancée dans cette aventure, la chapelle était envahie par la végétation, voûte rompue, toiture crevée, fissures nombreuses et vitraux mal en point. Aujourd’hui elle est hors d’eau et d’air. La remise en état du clocher n’est plus qu’une question … administrative ….. ce qui n’est pas fait pour rassurer.

Remarquons les deux vitraux dus au talent du père Chardon et le Christ en croix scellé dans le mur du chevet. C’est probablement une réalisation du 17e s. provenant d’un cimetière. Une enquête qui n’attend plus que le passionné qui se lancera dans ces recherches.

Tous nos vœux à la C.O.C. et à sa présidente, Mme Lelièvre, dans la poursuite de leur action.

La journée s’est terminée à l’espace des arts, ancienne chapelle castrale dont les vestiges de peintures murales du 14e s. ont attiré l’attention des marcheurs.

Nul mieux que M. Jean-Michel Crinière, maire de Lassay, conseiller général et vice-président de la commission culture et patrimoine n’était à même de conclure cette journée en évoquant les réalisations et surtout les projets que la commune compte mener à terme.

Quelques informations pratiques :

Colloque ouvert à tous : légende arthurienne et héroïc fantasy, samedi 25 septembre 2010, 9h30 – 18h30.

Si vous souhaitez aider la C.O.C., l’association soutenue par la Fondation du patrimoine a lancé une souscription bénéficiant d’avantages fiscaux : déduction de 66% de la somme versée. Site de l’association : http://www.chapellesaintmathieu.com/

« Article dans MAH 20, 1997 : les seigneurs du Boisfroust, 1370-1550, p.24 à 47, Luc Bellier »

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